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La diffamation collective : une notion irrémédiablement confuse ?

“La transformation de la problématique du blasphème (offense à Dieu) en diffamation collective des croyants (offense – supposée – aux individus) n’est pas la seule stratégie utilisée. On peut aussi sortir du domaine religieux, mais au risque de sombrer dans la sophistique : la critique « vive » deviendra de la haine ou de la phobie, bref du racisme.

Or nous savons déjà que si la notion de diffamation collective « raciale » possède quelque sens, celle de diffamation d’une collectivité religieuse en est dépourvue.

Le passage de la religion à la « race » donne des lettres de crédit à la censure : à la figure de l’Inquisition (ou ce qu’il en reste), écrasant la fragile parole dissidente, on aura substitué celle du raciste méprisant un groupe d’hommes et de femmes. La victime se sera transformée en bourreau. Renversement parfait : la confusion sera à son comble. Mais la trivialisation de l’accusation fera du tort à tout le monde : elle corrompra notre langage critique, et éloignera le public, lassé d’entendre à tout propos parler de racisme.

Ce sera toujours cela de gagné pour les vrais racistes. Lesquels n’hésiteront pas à utiliser l’amalgame race/religion dans l’autre sens : un prêtre belge manifestement raciste, le père Samuel, est actuellement jugé par le tribunal correctionnel de Charleroi. Ses avocats considèrent qu’il a simplement critiqué la religion.

D’où la nécessité de strictement définir le champ d’application légitime de la notion attrape-tout de « diffamation collective », saturée d’idéologie. Perelman disait que la philosophie consistait en l’étude systématique des notions confuses. L’époque exige un engagement philosophique renouvelé en ce sens”.


Extrait de l’étude de Guy Haarscher, “Diffamation collective : une notion irrémédiablement confuse ?”, texte disponible en téléchargement ci-dessous.

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